Les bonnes questions : l'histoire retient Camp David, encore?!
mercredi 23, août 2023
Mais les enjeux géoéconomiques contemporains ont changé. La Chine est devenue LE danger pour le monde occidental, contre lequel Tokyo et Séoul semblent s'allier.Le Japon et la Corée du Sud sont deux pays proches culturellement et géographiquement. Leurs économies sont complémentaires et leur réticence par rapport à la Chine est ostentatoire. Dit comme cela, leur relation semble idyllique. Mais sur cette dernière pèse un poids lourd, écrasant à la fois fraternité et intérêts économiques : la guerre. L'occupation japonaise de la Corée a été perçue comme une réduction en esclavage. Nul besoin de citer les nombreux épisodes la gangrénant. Les atrocités de la guerre sont ce qu'elles sont. Mais ce qui agace les Coréens, c'est la prétendue mauvaise foi des Japonais, même dans leurs excuses et leurs indemnisations. Couplez donc cela à du révisionnisme nippon, à la guerre commerciale depuis 2019, aux disputes pour le groupe d'îlot des Rochers Liancourt et votre idylle devient vite une tension permanente parsemée de provocations populistes. Toutefois les enjeux géoéconomiques contemporains ont changé. La Chine est devenue LE danger pour le monde occidental, contre lequel Tokyo et Séoul semblent s'allier. Elle devient même une menace : de son projet pharaonique des nouvelles routes de la soie, elle a osé exclure la Corée du Sud, le Japon et les États-Unis. Cependant, quelque chose semble changer la donne : la guerre en Ukraine. Face à la Russie, les puissances occidentales ne sont pas intervenues militairement. Compréhensible, mais cela soulève une question aussi effrayante que réaliste : qu'en est-il de Taïwan? Et par extension, qu'en sera-t-il de l'Asie pacifique tout entière ? Puisque dans une moindre mesure, Taïwan est l'Ukraine asiatique. A savoir : un Etat insulaire, anciennement province de la puissance régionale. Et si la Chine ne peut l'attaquer, vu le gel économique que cela représenterait et la dépendance mondiale au micro conducteur taiwanais, elle a montré qu'elle était capable de petits pics provocateurs. Comme au cours de l'exercice militaire du 8 au 10 avril où elle a rappelé au monde l'importance numérique de la première armée marine du monde.
Une question nous vient alors à l'esprit : la Chine peut-elle renverser le statu quo? Peut-elle résister à la guerre froide qu'essaient d'instaurer les Etats-Unis? Et qu'elle le fasse ou non, peut-elle réellement affirmer sa puissance économique et politique lorsque son garde-manger, sa propre "doctrine Monroe" lui fait face? Plus que la menace chinoise et les réactions qu'elle engendre, un des aspects essentiels de ce sommet doit être mentionné : la tentative de re-hégémonie américaine. Pour en parler, il est essentiel de comprendre que si le timing de ce sommet n'est pas calculé, le hasard fait plus que bien les choses. Car cette Chine prenant de plus en plus de place dans l'ordre mondial se voit obligée de ralentir. Réputée pour la légèreté et la romantisation de ces chiffres officiels, elle affichait pourtant le record de 21,3 % de chômage chez les jeunes. De quoi contraster avec l'image économique dynamique que la propagande d'Etat tient à maintenir. Et inévitablement, comme un aveu de faiblesse, la Terre jaune occulte les atrocités qu'elle ne saurait voir : elle ne publiera plus ses chiffres jusqu'à nouvel ordre. Qui plus est, elle qui avait souvent affiché une croissance idéale de 7 % (chiffre porte-bonheur en Chine), a dû afficher cette année un décevant 5 %. Un chiffre politiquement correct mais annonçant au monde un recul : qui peut prédire de quoi demain sera fait?Ainsi, ne pouvons-nous pas voir dans ce sommet une reconnaissance de la Chine comme adversaire déclaré? Est-ce que Biden ne se conduit pas en bon soldat de la guerre froide en étendant la théorie de H. Kissinger : affaiblir l’ennemi en renforçant ses alentours?
La Chine, qui avait souvent affiché une croissance idéale de 7 % (chiffre porte-bonheur en Chine), a dû afficher cette année un décevant 5 %. Un chiffre politiquement correct mais annonçant au monde un recul.