Que faut-il de plus pour convaincre l’état-major du FMI?
dimanche 2, avril 2023
La sagesse, la raison voudraient que si le FMI voulait nous aider à sortir de l’ornière, il se devrait de nous accompagner dans la réalisation de ces réformes, en fluidifiant le système en mal de liquidité, sinon cela reviendrait à mettre la charrue avant les bœufs... De quoi douter des prétendus motifs du refus du FMI lors de son CA le 19 décembre dernier, alors qu’on donnait cet accord pour acquis. Cela tient moins à la pertinence du programme des réformes qu’à des considérations géopolitiques, les seules décisives en l’espèce. Sinon, comment expliquer - phénomène inédit - la promptitude avec laquelle le FMI vient d’accorder un crédit de 15,6 milliards de dollars à l’Ukraine en guerre ? Une valse à deux temps, étalée sur 4 années. La 1ère tranche, dans l’immédiat, servira au titre de l’appui à la stabilité budgétaire, commerciale et celle des prix. La seconde concerne la phase de reconstruction et de stabilité macroéconomique d’un pays exsangue, dévasté par la guerre. Inédit à plus d’un titre. Le FMI ne serait plus ce qu’il prétend être : le pompier de toute la planète, exigeant et soucieux de ses sous. Jamais, dans son histoire, il ne s’est engagé sur un tel montant et de surcroît au profit d’un pays en guerre, soutenu par une vaste coalition brandissant l'étendard de l’OTAN sous commandement américain. Sans le moindre indice d’un quelconque programme de réformes, comme s’il s’agissait d’un but de guerre. Inédit aussi parce que l’institution de Bretton Woods outrepasse son statut et son rôle de garantir la solvabilité des pays et d’empêcher l’éclatement de crise financière. Elle élargit son champ de compétence à la reconstruction et au développement de l’Ukraine. Et ce n’est pas en vouloir à l’Ukraine que de s’indigner de ce genre d’hypocrisie. Le voile est tombé : le FMI s’inscrit davantage dans une séquence géopolitique et partisane, loin en tout cas de toute considération programmatique. Ceux qui chez nous font mine de l’ignorer en sont pour leurs frais. Ils doivent reconsidérer leur grille de lecture et d’interprétation. Sans de telles considérations, l’accord Tunisie-FMI aurait été bouclé en son temps et en son heure. Cherchez l’erreur, la faute et l’origine de ce désaccord. Il est hautement probable que le « véto » soit d’ordre géopolitique et géostratégique. Les commanditaires ne font pas mystère de leur malaise et de leur désapprobation de la conduite politique du pays. Ce sont pourtant ces mêmes puissances qui nous disent et répètent à satiété, à raison d’ailleurs, que seul un accord avec le FMI peut nous éviter « un effondrement imminent » économique, social et politique. De cela tout au moins, le gouvernement en est si conscient qu’il n’envisage même pas pour le moment de plan B qui ne serait pas loin du scénario catastrophe. L’État, avec toutes ses composantes, n’aura aucune peine à décrypter le message. Le FMI est un passage obligé, incontournable pour la survie du pays. Ce n’est pas faire fi de notre souveraineté que de signer un tel accord. Au contraire, celle-ci sortira renforcée, sachant que sur le programme des réformes, il y a peu à dire quant à sa crédibilité. Autant dire que la balle est désormais dans le camp du principal architecte de la politique nationale. Il n’a pas beaucoup d’options et très peu de temps pour convaincre de sa volonté de mobiliser, fédérer, rassembler, ressouder et unir sous un même toit toutes les forces vives de la nation. C’est cette image d’un pays apaisé, rassuré et rassurant que voudraient voir ceux dont il faut préserver, sinon conquérir de nouveau, la sympathie. C’est aussi par eux que la prospérité ou l’effondrement arrive. L'édito est disponible dans le Mag de l'Economiste Maghrébin n 866 du 29 mars au 12 avril 2023"Le FMI ne serait plus ce qu’il prétend être"