Par Dr Nazih Zghal: La médecine à deux vitesses gagne le secteur de l'hémodialyse ! À qui le prochain tour ?
dimanche 25, décembre 2022
Le communiqué publié récemment par la chambre syndicale des centres d'hémodialyse sonne l’alarme d’une situation très grave d'un secteur vital à bout de souffle. Arriver à jeter l'éponge et à décider d'arrêter toute activité ne peut traduire qu’une grande détresse et l'absence de porte de sortie.
Même si la menace d’arrêt de toute activité en dehors des urgences brandies par la chambre syndicale des centres d'hémodialyse peut n’être qu'un signal d'alarme pour faire réagir l'opinion publique et amener la CNAM à respecter son engagement de réviser de façon sérieuse et responsable le forfait initialement consenti ; il est inacceptable de laisser pourrir la situation en prenant les patients en otage. De plus, il est encore moins tolérable de jeter la responsabilité sur les médecins hémodialyseurs dont la rémunération n'est que de sept dinars par séance soit 6% du forfait.La CNAM est censée prendre en charge à 100% les séances d'hémodialyse
Les négociations entre la chambre syndicale des centres d'hémodialyse et la Caisse Nationale d'Assurance Maladie(CNAM) semblent être dans l'impasse dans la mesure où la Caisse s'obstine à refuser de voir la réalité en face et à adapter en conséquence le montant forfaitaire qu'elle est tenue de reverser au centre d'hémodialyse pour chaque séance réalisée. La CNAM est censée prendre en charge à 100% les séances d'hémodialyse sur un montant forfaitaire qui devrait être révisé périodiquement de façon consensuelle. Cette révision tarde à venir malgré les appels insistants et itératifs des professionnels qui n'arrivent plus à supporter les pertes liées au gap de plus en plus important qui a atteint 65 dinars entre le coût réel d'une séance d'hémodialyse fixé par le ministère de la santé à 180 dinars et le montant forfaitaire alloué par la CNAM. Cette différence représente près du tiers du coup réel que les centres d'hémodialyse font passer à pertes et profits alourdissant de façon drastique leurs charges et leur ardoise. La pérennisation de la situation aboutira inéluctablement à la fermeture des centres les uns après les autres déclarant leur faillite comme c'est le cas du centre d'hémodialyse de Sbeïtla la semaine dernière.La CNAM semble ne pas apprécier, à sa juste valeur
À la vue de cette attitude négative, la CNAM semble ne pas apprécier, à sa juste valeur, l'énorme service de santé publique que rendent les 116 centres d'hémodialyse du secteur privé répartis sur l'ensemble du territoire national offrant 1810 machines d'hémodialyse soit trois fois plus que n'offre l'ensemble des 52 unités du secteur public. La répartition des machines sur le territoire est toutefois très inéquitable avec un rapport de 10 contre 1, entre le Grand Tunis doté de 591 machines réparties sur 36 centres privés, et la région du Sud Ouest qui regroupe les trois gouvernorats de Gafsa, Kébili et Tozeur qui n'offre à ses patients que 58 machines réparties sur 5 centres seulement.Vu la situation économique des centres d'hémodialyse, le coût de plus en plus exorbitant de la maintenance et celui du renouvellement encore plus inaccessible, le nombre de machines fonctionnelles dans le secteur privé a baissé de 16.6% entre 2019 et 2021 en passant de 2170 à 1810, soit la perte d'une machine sur 6 en l'espace de deux ans. Or cette perte de machine et donc cette baisse de l'offre ne s'arrêtera pas tant que la situation économique des centres d'hémodialyse ne s'améliore pas. Il serait irresponsable de voir agoniser ce secteur sans réagir, carcela y va de la vie de nos patients. La CNAM devrait intégrer dans ses argumentaires décisionnels, que tout en étant un tiers payant, elle agit dans le secteur de la santé où la vie du patient est en jeu et que la santé a certes un coût mais elle n'a pas de prix ! Par ailleurs, l'argent dont elle dispose n'est autre que l'argent de ces mêmes patients qui demandent à être soignés dignement et en toute sécurité."Le nombre de machines fonctionnelles dans le secteur privé a baissé de 16.6% entre 2019 et 2021"